Vous êtes artisan du bâtiment en micro-entreprise et vous commencez à sentir que ce statut vous limite ? Entre plafonds de chiffre d’affaires, impossibilité de récupérer la TVA sur vos achats de matériel et difficultés à répondre à des chantiers plus importants, le passage à l’Entreprise Individuelle (EI) peut être la solution pour structurer votre croissance. Dans cet article, on vous explique quand et comment effectuer cette transition, avec des exemples concrets pour les métiers du BTP.
Micro-entreprise dans le BTP : les signes que vous avez dépassé ce statut
La micro-entreprise est un excellent statut pour démarrer en solo. Simple, avec une comptabilité allégée et des charges calculées automatiquement, le statut auto-entrepreneur convient parfaitement aux artisans qui débutent : plombiers, électriciens, maçons, carreleurs, peintres…
Mais si vous vous reconnaissez dans au moins 2 de ces situations, il est temps de réfléchir à un changement :
1. Vous dépassez (ou allez dépasser) les plafonds de CA
En micro-entreprise, vos revenus annuels sont plafonnés à :
- 83 600€ pour les prestations de services (activités BTP)
- 203 100€ pour les activités commerciales (vente de matériel, par exemple)
Exemple concret : Vous êtes électricien et vous facturez en moyenne 8 à 10 chantiers par mois à 800 € HT. Sur l’année, vous atteignez facilement 80 000 € de CA. Vous dépassez le plafond légal.
Les conséquences : basculement automatique au régime réel, avec obligation de facturer la TVA dès le 1er jour du mois de dépassement. Dans les faits, vous bénéficiez d’une tolérance, vous pouvez donc rester en micro-entreprise l’année suivante.
2. Vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur vos achats
C’est souvent là le point de bascule pour les artisans du bâtiment. En micro-entreprise, vous ne facturez pas de TVA… mais vous ne pouvez pas non plus la récupérer sur :
- Les achats de matériaux (Point P, Gedimat, CEDEO, Bricoman, etc.)
- Les outils professionnels
- Les locations de machines (bétonnière, échafaudage, nacelle…)
Exemple de calcul réel :
- Si vous achetez pour 20 000 € HT de matériel par an (soit 24 000 € TTC avec 20 % de TVA), vous payez 4000 € de TVA non récupérable.
- En EI au régime réel, ces 4000 € de TVA sont récupérables via le mécanisme de la TVA déductible : vous déduisez la TVA payée sur vos achats de la TVA collectée sur vos ventes, et ne reversez à l’administration fiscale que la différence. Vous ne payez donc pas cette TVA sur vos achats.
- L’impact votre marge est conséquent : passer en EI vous permet de gagner entre 3000 et 6000 € par an selon votre volume d’achats.
3. Vous embauchez un apprenti ou un salarié
En micro-entreprise, vous pouvez embaucher… mais la gestion devient vite complexe. Pourquoi ?
- Les charges sociales d’un salarié ne sont pas déductibles en micro-entreprise ;
- Vous payez vos cotisations sur la base du CA encaissé, même si vos dépenses augmentent (salaire, matériel, assurances…).
4. Vous travaillez sur des chantiers en sous-traitance ou avec des clients pros
Les donneurs d’ordre (promoteurs, maîtres d’œuvre, architectes) préfèrent travailler avec des entreprises au régime réel, car :
- Ils récupèrent la TVA sur vos factures.
- Vous inspirez plus de confiance pour des chantiers supérieur à 15 000 €.
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Micro-entreprise vs Entreprise Individuelle : le tableau comparatif
| Critère | Micro-entreprise | Entreprise Individuelle (régime réel) |
| Plafond de CA | 77 700 € (prestations BTP) | Aucun plafond |
| TVA | Franchise de TVA (pas de facturation ni de récupération) | Facturation + récupération sur achats pro |
| Déduction des charges | Aucune (abattement forfaitaire de 50 %) | Toutes les charges réelles (matériel, assurances, carburant, salaires…) |
| Comptabilité | Livre des recettes | Bilan comptable annuel (expert-comptable recommandé) |
| Embauche | Possible mais peu rentable | Totalement adapté |
| Accès au crédit | Difficile | Facilité bancaire et crédit fournisseur |
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Comment passer de micro-entreprise à Entreprise Individuelle ?
Étape 1 : déclarez votre changement de régime fiscal
Vous devez en informer le Service des Impôts des Entreprises (SIE) avant le 31 décembre de l’année en cours pour que le changement soit effectif au 1er janvier de l’année suivante.
Le formulaire à remplir est le Cerfa n°11279, disponible sur impots.gouv.fr
Étape 2 : passez au régime réel d’imposition
Les seuils (micro, réel simplifié, réel normal) dépendent de la nature de l’activité au sein des BIC : prestations de services ou vente/commerce (négoce).
Dans le BTP, beaucoup d’artisans facturent principalement de la main‑d’œuvre (pose, rénovation, chantier) : on est alors généralement sur une activité de type prestations de services. Dans ce cas, les seuils sont :
- micro‑BIC si votre chiffre d’affaires annuel HT est inférieur à 83 600 €
- régime réel simplifié entre 83 600 € et 254 000 €, puis régime réel normal au‑delà de 254 000 €.
Si au contraire votre activité consiste surtout à acheter pour revendre des matériaux/équipements (négoce), avec la prestation comme activité accessoire, vous vous rapprochez d’une activité de vente/commerce : les seuils sont alors plus élevés, avec un réel simplifié qui peut s’appliquer jusqu’à 840 000 € (et le réel normal au‑delà).
Étape 3 : adaptez votre comptabilité
- Ouvrez un compte professionnel dédié (obligatoire pour facturer avec TVA).
- Utilisez un logiciel de gestion de facturation spécialisé BTP pour :
- Émettre des factures avec TVA
- Suivre vos achats et récupérer la TVA
- Gérer vos acomptes et factures d’avancement
Étape 4 : informez vos clients et fournisseurs
Une fois en EI au régime réel :
- Vos factures mentionnent désormais la TVA (généralement 20 % dans le BTP, ou 10 % pour certains travaux de rénovation énergétique).
- Vous devez déclarer et reverser la TVA mensuellement ou trimestriellement (selon votre volume d’activité).
A lire également : Comment construire son réseau professionnel dans le BTP ?
Combien ça coûte de passer en EI ?
Contrairement aux idées reçues, le passage en EI n’implique pas de frais faramineux :
| Poste de dépense | Coût estimé |
| Modification administrative | Gratuit (formulaire en ligne) |
| Expert-comptable (facultatif mais recommandé) | 800 à 1 500 €/an |
| Compte pro + outils de gestion | 9 à 29 €/mois (selon l’offre) |
| Assurances décennale + RC Pro | 1 200 à 3 000 €/an (identique en micro-entreprise) |
Pour environ 100 à 150 €/mois, vous avez une structure optimisée fiscalement et capable de se développer.
Et si vous passiez directement en société (SASU, EURL, SARL) ?
Si vous prévoyez :
- D’embaucher plusieurs salariés (> 3)
- De dépasser 150 000 € de CA rapidement
- De vous associer avec un autre artisan
Alors la création d’une société (SASU, EURL ou SARL) peut être plus adaptée.
Les avantages :
- Protection de votre patrimoine personnel
- Possibilité de vous verser un salaire et des dividendes
- Image plus professionnelle pour décrocher de gros marchés
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A lire également : Comment créer une SAS dans le BTP ? Le guide complet
Récap : quand faut-il changer de statut ?
| Votre situation | Action recommandée |
| Vous êtes en-dessous de 50 000 € de CA | Restez en micro-entreprise |
| Vous approchez les 77 700 € | Préparez votre passage en EI dès maintenant |
| Vous achetez beaucoup de matériel (> 15 000 €/an) | Passez en EI pour récupérer la TVA |
| Vous embauchez | Passez en EI ou créez une société |
| Vous visez des chantiers > 30 000 € | Créez une société (SASU, EURL, SARL) |
Besoin d’aide pour choisir le bon statut ? Consultez notre guide complet sur la création d’entreprise dans le BTP.