Gestion d'entreprise

Entreprise en difficulté : comment s’en sortir ?

Trésorerie en berne et factures en retard : ces signaux d’alerte sont souvent mis de côté parce qu’on pense que « ça ira mieux le mois prochain ». Pourtant, ce n’est pas toujours le cas ! Et c’est justement en agissant tôt qu’il est possible de redresser la situation. Mais comment savoir si une entreprise est en difficulté financière ? Entreprise en difficulté, que faire ? Découvrez ici un guide complet pour traverser cette phase charnière !

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Entreprise en difficulté financière : de quoi parle-t-on exactement ?

On parle d’entreprise en difficulté lorsqu’elle n’arrive plus à faire face à ses dépenses courantes. Autrement dit, elle ne dispose plus des liquidités nécessaires pour régler ce qu’elle doit, au moment où elle le doit. Elle se rapproche alors d’un seuil critique : celui de la cessation de paiement. C’est CE moment précisément qui détermine si l’entreprise peut encore être sauvée ou si une procédure collective doit être ouverte.

Bon à savoir

La cessation de paiements correspond à une situation où l’entreprise ne peut plus honorer ses dettes immédiates (salaires, factures, charges, emprunts), faute de trésorerie disponible.

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Quels sont les signes que son entreprise est en difficulté ?

Une entreprise en difficulté ne plonge pas du jour au lendemain. Avant de rencontrer de vrais problèmes, elle envoie souvent des signaux d’alerte (discrets certes, mais surtout trop souvent ignorés).

Signaux d’alerte

Plusieurs indicateurs devraient vous mettre la puce à l’oreille pour identifier une entreprise en crise :

  • La trésorerie est sous tension : les rentrées d’argent ne suivent plus le rythme des dépenses. Les fins de mois sont tendues et les découverts se multiplient.
  • Les paiements prennent du retard : fournisseurs, Urssaf, impôts… les règlements sont décalés et le fait de payer « plus tard que prévu » devient progressivement une habitude. 
  • Le chiffre d’affaires diminue : les ventes baissent ou bien les marges diminuent. Dans les deux cas, les charges fixes sont plus lourdes à supporter.
  • Le climat interne se dégrade : fatigue du dirigeant, tensions entre associés, départs en chaîne, etc.

Causes fréquentes

Pour expliquer des difficultés financières, il existe bien sûr des causes extérieures : crise économique ou sanitaire, grèves ou instabilité réglementaire entre autres raisons. Mais soyons honnêtes, dans la grande majorité des cas, les problèmes financiers trouvent leur origine à l’intérieur même de l’entreprise : 

  • une mauvaise gestion de la trésorerie ; 
  • des décisions stratégiques qui ne sont pas alignées avec le marché ; 
  • un développement trop rapide ou qui coûte trop cher ; 
  • un manque d’anticipation des besoins à venir.

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Entreprise en difficulté : quelles solutions pour un dirigeant ?

Le plus important pour une société en difficulté, c’est de ne jamais attendre que la situation devienne critique ! Des solutions existent, et ce dès les premiers signes de fragilité : 

  • les procédures amiables ; 
  • ou les procédures collectives en dernier recours.

Mesures préventives à l’amiable

Non, vous n’êtes pas obligé de passer par la case redressement judiciaire ! Deux options à l’amiable s’offrent d’abord à vous : 

  1. Le mandat ad hoc : pour les entreprises qui rencontrent des difficultés, mais qui ne sont pas encore en cessation des paiements (ou depuis moins de 45 jours). Vous demandez au tribunal de nommer un mandataire pour vous accompagner, en général pour 3 mois (renouvelables). La procédure est 100 % confidentielle et vous restez aux commandes de votre entreprise. 
  2. La conciliation : pour les entreprises dont les difficultés sont un peu plus sérieuses, également en cessation des paiements depuis moins de 45 jours. Le tribunal désigne cette fois un conciliateur pour une durée maximale de 5 mois. Ce dernier se charge essentiellement de trouver un terrain d’entente avec les créanciers (banques, fournisseurs, Urssaf).

Procédures collectives 

Procédure de sauvegarde 

Votre activité est encore viable, mais votre situation financière difficile risque de devenir bientôt ingérable ? Le tribunal peut alors lancer une procédure de sauvegarde pour une période d’observation de 6 à 18 mois. Vos dettes sont gelées : vous avez ainsi le temps de réorganiser votre entreprise, de préserver vos emplois et d’étaler le remboursement de vos dettes.

À l’issue de cette phase, deux scénarios :

  1. Votre entreprise peut repartir sur de bonnes bases : un plan de sauvegarde est validé.
  2. Les difficultés se sont accentuées : un redressement ou une liquidation judiciaire sont à envisager.

Redressement judiciaire

Votre entreprise n’arrive plus à faire face à ses dettes et se retrouve en cessation des paiements ? On déclenche alors un redressement judiciaire avec une période d’observation d’une durée de 6 mois (renouvelable jusqu’à 18 mois). Le tribunal nomme un administrateur judiciaire : il a pour rôle de poser un diagnostic précis et de trouver les bonnes solutions pour redresser votre activité. 

Trois issues ici :

  1. un plan de redressement est adopté si l’activité peut repartir sur de bonnes bases ;
  2. une cession partielle ou totale de l’entreprise est décidée (avec reprise possible par un tiers) ;
  3. si aucune issue favorable n’est trouvée, la liquidation judiciaire est prononcée.

Liquidation judiciaire

Il n’est malheureusement pas possible de sauver une entreprise ? On ouvre alors une procédure de liquidation judiciaire pour : 

  • mettre fin à l’activité ;
  • vendre les biens (locaux, matériel, stocks, etc.) ; 
  • rembourser les créanciers. 

Les sommes récoltées sont ensuite réparties selon un ordre de priorité légal, où les salariés et l’État sont remboursés en premier. De nouveau, deux cas de figure à la fin de cette procédure :

  1. tous les créanciers sont remboursés et l’entreprise cesse son activité ;
  2. les actifs sont insuffisants pour couvrir les dettes, la procédure est clôturée pour insuffisance d’actif.

Rétablissement professionnel 

Enfin, dernière possibilité : le rétablissement professionnel. On réserve cette solution aux entrepreneurs en nom propre (donc hors société), sans salarié et avec un patrimoine professionnel inférieur à 5 000 €. 

Si vous êtes en cessation des paiements et que vous n’avez pas les moyens de financer un plan de redressement, cette procédure vous donne une vraie « seconde chance » : elle efface l’ensemble de vos dettes professionnelles ou personnelles, sans passer par une liquidation classique !

Bon à savoir

Certaines dettes ne peuvent toutefois pas être effacées dans le cadre d’un rétablissement professionnel :

  • pensions alimentaires ;
  • salaires dus ;
  • dettes liées à une infraction pénale ;
  • dettes personnelles du créancier ;
  • cautions et garanties accordées par des tiers.

A lire également : La méthode ABC : tout sur l’analyse des coûts par activité

Les aides financières pour redresser une entreprise en crise 

Vous n’avez pas à tout encaisser seul et la bonne nouvelle, c’est que l’État ne laisse pas les entreprises livrées à elles-mêmes ! 

Les mesures gouvernementales

Pour les structures fragilisées, il y a d’abord divers dispositifs vers lesquels se tourner : 

  • La Médiation du crédit : vous avez un refus de prêt ? Votre banque coupe une ligne de financement ou un assureur vous lâche ? Vous pouvez saisir la Médiation du crédit. C’est gratuit et confidentiel.
  • FCDE (Fonds de Consolidation et de Développement des Entreprises) : ce fonds peut injecter de l’argent directement dans votre entreprise en devenant actionnaire minoritaire. À noter que c’est réservé aux PME avec un peu d’historique (au moins un exercice bénéficiaire sur les 3 dernières années et un chiffre d’affaires minimum).
  • CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle) : ce comité accompagne les grandes entreprises (plus de 400 salariés) pour construire un plan de sortie de crise et négocier avec les créanciers.
  • CCSF (Commission des Chefs de Services Financiers) : vous êtes à jour dans vos obligations déclaratives ? Cette commission peut vous accorder des délais de paiement jusqu’à 20 mois, des remises sur les majorations et pénalités, voire un abandon partiel des dettes.
Bon à savoir

Vous pouvez vous adresser au CODEFI : c’est l’équivalent du CIRI, mais pour les TPE et PME (c’est-à-dire au niveau départemental).

Les prêts aidés pour entreprise en difficulté

Parfois, une société en difficulté financière a simplement besoin de souffler un peu niveau trésorerie ! C’est ici qu’entrent en jeu les prêts aidés : 

  • Le Prêt Participatif Relance (PPR) : vous êtes une PME ou une ETI avec un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros ? Vous avez un projet de développement (modernisation, transition numérique, développement à l’international) ? 10 % du montant du PPR est porté par la banque elle-même, les 90 % restants sont financés par un fonds public garanti par l’État.
  • Le prêt Croissance-Relance (Bpifrance) : ouvert aux TPE, PME et ETI de plus de 3 ans, ce prêt vient aussi soutenir un projet de développement. Il peut durer de 2 à 10 ans, avec un taux fixe. Une retenue de garantie de 5 % est demandée, mais elle vous est restituée à la fin.
  • Le prêt à taux zéro pour entreprise en difficulté : renseignez-vous aussi auprès des régions ou collectivités locales. Certaines proposent des prêts à taux zéro, comme la région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour les entreprises de moins de 10 salariés.

A lire également : Comment et combien vendre son entreprise du BTP ? Le guide

7 bonnes pratiques entrepreneuriales pour éviter les situations financières difficiles 

Vous l’aurez compris : les difficultés financières ne tombent pas du ciel ! Le plus souvent, les problèmes s’installent progressivement (petits décalages de trésorerie, mauvaises décisions, organisation qui s’essouffle…). Voici donc quelques bons réflexes pour prendre le taureau par les cornes avant que la situation ne s’aggrave.

1. Gardez toujours un œil sur votre trésorerie

L’argent, c’est le nerf de la guerre. Et contrairement aux idées reçues, une entreprise ne fait pas faillite parce qu’elle ne fait pas assez de chiffre, mais plutôt parce qu’elle manque de cash ! Vous devez absolument avoir (et garder) une vision en temps réel de votre trésorerie

  • vérifiez chaque semaine (ou chaque jour selon votre activité) le solde de votre compte professionnel ; 
  • anticipez les grosses sorties d’argent à venir (salaires, charges sociales, fournisseurs) ;
  • créez un tableau de trésorerie pour savoir combien de semaines/mois vous pouvez continuer sans nouvel encaissement.

A lire également : Comment gérer la trésorerie de son entreprise ?

2. Faites un diagnostic à 360° de votre entreprise

À présent, il est temps de dresser un véritable état des lieux : vos finances sont-elles sous contrôle ? Et on ne parle pas seulement de vos comptes bancaires ! Vous devez vous poser les bonnes questions : 

  • Ventes : qui achète quoi, à quel prix, avec quelle marge réelle ?
  • Équipes : y a-t-il des tensions ? Un turnover important ?
  • Produits/services : sont-ils encore alignés avec les attentes du marché ?
  • Organisation : les rôles de chacun sont-ils clairs ? Les décisions sont-elles prises au bon niveau ?

3. Repensez votre organisation de fond en comble

La prévention des difficultés des entreprises ne s’improvise pas : c’est un processus qui demande du temps. Surtout, vous devez comprendre pour qui vous produisez, comment et dans quelles conditions.

Que garder, que transformer et que laisser de côté ? Par exemple, si vous avez un produit historique qui occupe 30 % de vos équipes contre seulement 5 % de votre chiffre d’affaires, il n’est pas rentable !

Il est donc impératif d’identifier les goulots d’étranglement et de repenser vos processus internes. Pourquoi pas essayer des solutions d’automatisation pour gagner du temps et booster votre productivité ? 

4. Faites vivre votre budget

Certes, vous devez fixer un budget en début d’année. Mais ce dernier n’est pas destiné à rester figé ! Au contraire, il faut le faire évoluer en fonction de vos ventes réelles, des imprévus qui vous tomberont dessus, parfois même de la conjoncture économique. Pour ce faire : 

  • instaurez un point trimestriel pour comparer le “CA prévisionnel” et le “CA réalisé” ;
  • revoyez vos objectifs à la baisse si nécessaire pour que vos équipes conservent un cap clair et réaliste ; 
  • réaffectez vos ressources là où elles seront vraiment utiles (marketing, maintenance, recrutement, etc.).

A lire également : Comment faire un bilan prévisionnel en 5 étapes ?

5. Restez proche de vos équipes

Trop souvent négligé, le facteur humain est pourtant vital dans la réussite d’un plan de redressement d’entreprise. Vos équipes restent le meilleur levier de relance.

Nous vous conseillons de rester transparent sur la situation de l’entreprise, mais sans dramatiser. Prenez le temps de mettre en avant les efforts de chacun durant les réunions ou les entretiens individuels : un simple “merci” fait parfois toute la différence ! 

6. Ayez un business plan qui vous ressemble

Une stratégie réaliste, c’est bien, mais encore faut-il la traduire dans un business plan cohérent ! Cette feuille de route pour les 3 années à venir doit réellement vous servir à garder une direction claire (CA visé, marges, effectifs, investissements). Servez-vous en pour mettre en lumière les points de bascule : à quel moment devrez-vous recruter, investir ou lever des fonds ?

7. Ne restez pas seul

C’est humain de vouloir tout gérer, surtout quand on est à la tête de sa propre boîte. Mais il est aussi très risqué de rester seul aux commandes, surtout en période de turbulences. N’hésitez pas à vous entourer d’un expert-comptable, d’un administrateur indépendant ou d’un réseau d’accompagnement (CCI, BGE, Réseau Entreprendre, etc.).

Ils sauront poser un regard neuf sur votre redressement d’entreprise et poser les bonnes questions, celles que vous n’osez peut-être pas poser vous-même. Leur liberté de ton et leur expérience seront de vrais atouts pour vous remettre en question !

A lire également : Calcul de la capacité d’autofinancement : comment le réaliser ?


PME ou TPE en difficulté : les problèmes financiers ne sont pas une fatalité ! Ils peuvent être surmontés, à condition de réagir rapidement et de s’appuyer sur les bons outils  (procédures amiables, aides financières, réorganisation interne). Et n’oubliez pas : demander de l’aide n’est pas un aveu d’échec. Parfois, accepter d’être accompagné, c’est repartir sur des bases solides.

Questions fréquentes sur l’entreprise en difficulté (FAQ)

Qu’est-ce qu’une entreprise en difficulté ?

On parle d’entreprise en difficulté lorsqu’elle n’arrive plus à faire face à ses dettes avec sa trésorerie disponible. 

Peut-on sauver une PME ou une TPE en difficulté ?

Oui, une entreprise en difficulté peut être redressée, à condition d’agir rapidement (procédures amiables, aides financières, plans de restructuration, échéanciers de paiement).

Un dirigeant est-il personnellement responsable des dettes ?

Non, en règle générale, un dirigeant n’est pas personnellement responsable des dettes de sa société : sa responsabilité s’arrête à ce qu’il a apporté au capital. Mais attention, il y a des exceptions ! Si vous commettez une faute de gestion importante, une fraude ou si vous mélangez vos finances perso/pro, vous pouvez être tenu pour responsable sur vos biens propres.

Quel est le tribunal compétent pour les entreprises en difficulté ?

Pour redresser une entreprise, vous devez engager les démarches auprès du tribunal compétent. Si votre entreprise a une activité commerciale, dirigez-vous vers le tribunal de commerces ; pour tous les autres cas (professions libérales, associations, exploitations agricoles, etc.), c’est le tribunal judiciaire qu’il faut contacter.

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